Le système PASS/LAS, censé remplacer la PACES depuis 2020, vit ses derniers mois. Le 17 avril 2026, les ministres Philippe Baptiste et Stéphanie Rist ont officialisé la fin de ce double dispositif au profit d’une voie unique baptisée licence portail santé, applicable dès la rentrée 2027 pour l’ensemble des filières MMOPK.
Derrière l’annonce, le calendrier reste serré, les textes réglementaires ne sont pas tous publiés, et les universités font face à des contraintes très différentes selon leur taille et leur implantation géographique.
Licence portail santé : ce que les projets de textes prévoient concrètement
Les projets de décret et d’arrêté introduisent un cursus structuré en trois blocs. Un bloc disciplinaire adossé à l’une des mentions de licence existantes, un bloc santé commun aux filières MMOPK, et un bloc de compétences transversales.
L’adossement du bloc disciplinaire à seulement 37 mentions de licence constitue un point de tension majeur pour les universités scientifiques. Certaines UFR craignent que cette contrainte réduise la diversité de leur offre locale et fragilise leurs capacités d’accueil, notamment dans les villes moyennes où le nombre de mentions disponibles est déjà limité.
La sélection reposerait sur le contrôle continu intégral, des épreuves écrites nationales harmonisées et, selon les universités, un oral obligatoire. Les modalités définitives restent toutefois en cours de stabilisation, ce qui rend toute projection hasardeuse pour les lycéens actuellement en terminale.

Inégalités territoriales : la réforme peut-elle reproduire les défauts du PASS/LAS
Le rapport de la Cour des comptes publié en décembre 2024 pointait déjà des disparités majeures entre universités. En Île-de-France, la densité de l’offre PASS/LAS créait une concurrence entre établissements. Dans d’autres régions, les étudiants n’avaient accès qu’à un seul parcours, parfois mal articulé avec le tissu hospitalier local.
La licence portail santé promet une harmonisation nationale. En pratique, la transition sera très variable selon les territoires. Les universités disposant de larges UFR scientifiques pourront adosser facilement le bloc disciplinaire à leurs mentions existantes. Celles qui proposent peu de mentions risquent de devoir créer des parcours ex nihilo, avec des moyens humains et budgétaires qui ne suivent pas forcément.
Les retours terrain divergent sur ce point. Certains doyens estiment que la réforme va mécaniquement concentrer les flux étudiants vers les grandes métropoles universitaires, accentuant la désertification des facultés de taille intermédiaire. D’autres y voient au contraire une opportunité de spécialisation locale.
UVSQ et initiatives locales : quand certaines facs n’attendent pas 2027
L’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines a annoncé une suppression anticipée du PASS, remplacé par des parcours santé dédiés intégrant contrôle continu et oral obligatoire. Ce modèle, plus ambitieux que le cadre national prévu, sert de laboratoire pour tester la faisabilité de la réforme à plus grande échelle.
Ce cas illustre un paradoxe. Les universités les mieux dotées en ressources pédagogiques et en partenariats hospitaliers sont celles qui anticipent le plus vite. Les établissements en difficulté structurelle, eux, attendent les textes définitifs pour agir, ce qui creuse encore l’écart de préparation.
Passerelles élargies et reconversion professionnelle
La réforme ne concerne pas uniquement les néo-bacheliers. Elle prévoirait une nouvelle passerelle bac+3 et un renforcement des passerelles paramédicales. Pour les étudiants déjà engagés dans des cursus de kinésithérapie, de soins infirmiers ou de pharmacie, ces dispositifs pourraient ouvrir des voies de réorientation vers la médecine ou la maïeutique sans repasser par la première année.
Les données disponibles ne permettent pas encore de conclure sur le volume réel de places qui seront accessibles par ces passerelles. Les textes en circulation mentionnent le principe sans fixer de quotas.
Calendrier de la réforme santé 2027 : les doyens demandent un report
Les doyens de médecine réclament officiellement un report de la réforme à 2028. Leur argument principal : le calendrier 2027 est jugé irréaliste compte tenu du temps nécessaire pour adapter les maquettes pédagogiques, recruter les enseignants et mettre en place les nouvelles modalités de sélection.
Plusieurs éléments restent en suspens :
- La publication des arrêtés définitifs fixant les modalités d’évaluation et le poids respectif du contrôle continu et des épreuves nationales
- La capacité des plateformes Parcoursup à intégrer la nouvelle architecture de voeux avant janvier 2027
- Le financement des postes d’enseignants supplémentaires nécessaires dans les universités à faible capacité
- L’articulation avec la fin annoncée du numerus apertus, qui constitue une réforme parallèle aux contours encore flous
Si le report à 2028 était acté, la promotion de terminale 2026-2027 resterait soumise au système PASS/LAS actuel, avec toutes ses limites documentées. Pour ces lycéens, la période d’incertitude est particulièrement lourde à gérer sur Parcoursup.

Formation et préparation : ce qui change pour les étudiants en santé dès maintenant
Quel que soit le calendrier retenu, la philosophie de la sélection évolue. Le passage d’un concours unique à un mix contrôle continu, épreuves écrites et oral modifie profondément les pratiques de révision. Les prépas privées, qui ont bâti leur modèle sur le bachotage intensif du concours PASS, devront se réinventer.
Pour un étudiant en santé qui prépare la rentrée 2027 ou 2028, quelques axes méritent une attention particulière. La maîtrise du programme de sciences fondamentales reste le socle, mais la capacité à performer en contrôle continu sur un semestre entier devient un facteur discriminant. Les compétences d’expression orale, longtemps absentes de la sélection en première année, prendront du poids si l’oral obligatoire est généralisé.
La qualité de la formation dépendra aussi de la relation entre chaque université et son CHU de rattachement. Les stages précoces, déjà expérimentés dans certaines facs, pourraient devenir un critère de différenciation entre établissements, avec un impact direct sur le niveau de mise en pratique des étudiants dès la première année.
Le paysage des études de santé en France n’a pas connu de transformation aussi structurelle depuis la suppression de la PACES. La réforme porte des promesses de simplification et d’équité. Sa mise en oeuvre, elle, dépendra de la capacité de chaque université à absorber le changement sans sacrifier la qualité de la formation ni renforcer les disparités qu’elle prétend corriger.

